Gilbert Fillinger

Créativité & Responsabilité

"La région Hauts-de-France a une histoire ; le travail que l'on mène doit être lié à cette histoire."

Quand on lui demande ce qui lui fait dire qu’un projet est réussi, Gilbert Fillinger n’hésite pas une seconde : c’est « au sourire » qu’il suscite. Une réponse qui en dit long sur l’état d’esprit de l’ancien directeur de la Maison de la Culture d’Amiens, chantre de l’aide à la création, thuriféraire des pratiques environnementales vertueuses.

À l’initiative du président de la Région Hauts-de-France Xavier Bertrand, Gilbert Fillinger a repris en 2018 l’organisation du Festival international des Hortillonnages d’Amiens, et créé dans son sillage les Jardins de la Paix à l’échelle régionale avec son association Art & Jardins | Hauts-de-France. 

Les Jardins de la Paix sont « nés d’une rencontre avec le directeur de la Mission du Centenaire de la Première Guerre mondiale. Nous nous sommes interrogés sur ce qui allait rester après 2018″, plaide Gilbert Fillinger.

Mémoire & Résilience

L’idée fondamentale est de créer des oeuvres contemporaines – paysagères et plastiques – dans l’espace public en Hauts-de-France. Jardin franco-allemand à la Clairière de l’Armistice de Compiègne, jardin écossais à Arras, français à Notre-Dame-de-Lorette, canadien à Vimy, polonais à Lens, tchèque à Neuville-Saint-Vaast, irlandais à Péronne, anglais et gallois à Thiepval, italien et marocain à Craonne, franco-britannique à Cambrai… : des parcours créatifs et paysagers sont sortis de terre depuis 2018 sur une douzaine de lieux de mémoire de la Grande Guerre. Et l’association Art & Jardins | Hauts-de-France orchestre actuellement d’autres chantiers pour lesquels des appels à projet ont été lancés.

« Les artistes ont une parole ; nous leur demandons de parler de ce qui se passe dans ce monde », explique Gilbert Fillinger. « Quand on parle de plantation, on parle d’écologie, mais aussi de populations. L’important dans ces projets que nous menons, c’est d’associer les habitants. Nous formons en outre des personnes. C’est aussi un projet éducatif à double titre : sur l’environnement et la connaissance des plantes, mais aussi sur la mémoire ». Ces Jardins de la Paix doivent pousser les jeunes générations à « s’interroger sur ce qu’est un monde en paix ».

Soutenir la création, interroger sur les sites patrimoniaux et mémoriaux des Hauts-de-France, valoriser notre héritage culturel, accompagner la prise de conscience environnementale, développer l’inclusion sociale par l’emploi et la formation, partager les projets avec les habitants et les visiteurs de la région, stimuler l’essor économique par l’attractivité touristique : les enjeux des Jardins de la Paix sont vastes. Sans oublier leur objectif premier : « susciter bien-être, contemplation… et sourire » !

« Un jardin, c’est un endroit où, subitement, on ralentit, on se calme, on respire. C’est alors que le bien-être s’installe en vous », s’émerveille Gilbert Fillinger. « Une des conditions du jardin, c’est l’assise. Les gens doivent pouvoir se retirer, s’asseoir, réfléchir, méditer, se centrer sur eux-mêmes. Il y a eu ici énormément de souffrances, de batailles différentes pour un meilleur avenir social des ouvriers. Maintenant, il s’agit de réfléchir à la transformation de ces paysages pour que les gens en sortent un peu plus heureux. Ce n’est pas qu’un projet artistique et paysager ; c’est un projet sociétal qui ouvre et questionne. »

En outre, l’équipe Art & Jardins | Hauts-de-France mobilise des paysagistes pour la réalisation de quatre jardins participatifs dans le Bassin minier d’ici à l’automne 2019, en lien avec Odyssée Euralens 2019. L’implication des habitants de Lens (Plaine Molière), de Grenay et de Calonne-Ricouart a été encouragée, et les questions nourricières et écologiques pleinement intégrées.

Après avoir oeuvré dans le cadre d’ELDORADO lille3000 (2019) à la production de 6 installations paysagères et plastiques visant à « transformer des jardins méconnus, voire

secrets, à Lille et dans sa métropole », l’association développe en outre avec Collective Disaster (collectif international réunissant des paysagistes, architectes, plasticiens…) une oeuvre-jardin pérenne qui sera réalisée sur le site du Louvre-Lens.

Enfin, l’association conduit des projets transfrontaliers et noue des partenariats internationaux (pour le Festival des jardins filtrants à Téhéran, ou encore le Festival des jardins à Marrakech) autour de la question du jardin et de ses enjeux sociétaux et environnementaux.